Papa m'a acheté une souris; ce bout de tissu poilu me fait un effet
terrible. J'ai beau savoir que çe n'est pas une vraie, dès qu'il la pose sur le sol ou la lance en l'air, ça me hérisse le poil, ça m'écarquille les yeux, mes coussinets dérapent sur le
carrelage, et je saute dessus de peur qu'elle se sauve.
L'instinct est le plus fort. Je suis ridicule, je le sais bien, mais peu
m'importe. Mon psy me l'a confirmé: " Ton relationnel avec les êtres humains est excellent, mais surtout en toute circonstance, laisses libre court à ton instinct..."
Elle a une odeur qui m'envoûte; mes griffes s'y accrochent toutes
seules, je ne peux pas empêcher mes pattes arrières de tressauter la griffant telle une bête sauvage.
Je me roule par terre, la jette en l'air ne regardant pas où elle
retombe afin de mieux la rechercher ensuite. Et quand par mégarde je l'envoie sous un meuble, mes miaulements désespérés ont tôt fait d'attirer l'attention de papa, qui après l'avoir dégagée,
la fait rouler au sol à travers la pièce trop heureux de me voir poursuivre mes cabrioles.
Mais aujourd'hui, c'est à la cousine mimi qu'il l'a jetée pendant que je papotais
dans le jardin avec Globule, un copain d'enfance.
Papa, c'est " ma " souris. Et je trouve vraiment inadmissible ta façon de faire
!
Je suis assise sur la marche de la cuisine et je contemple la grosse boule de
poils dans le salon qui gratouille ma souris. Elle ne sait même pas la jeter en l'air . Quelle gourde ! je suis certaine qu'elle n'en a jamais vu de vraie. Et puis les souris, à Nice, ne doivent
pas être bien grasses. Elle bave comme une gamine devant sa première proie. Elle lui mordille l'oreille...elle va me la déchirer.
Ma souris, c'était un des premiers cadeaux de papa. Elle sentait bon les
petits gésiers, l'herbe du jardin et un soupçon de taupinière... Maintenant, elle va sentir le N° 5 de chez " côcôo".
Je n'en veux plus de celle-là papa. Elle va être toute mouillée, c'est
écoeurant; tu as intérêt à m'en acheter une autre.
StA le 11/05/08.