Ce matin, papa n'est pas pressé. Il se promène dans la maison en pyjama gaston
Lagaffe, touche du doigt un papier important, puis le repousse un sourire aux lèvres. Il est dans son nuage, et toute chose négative ou préoccupante faisant partie de notre vie
de tous les jours, n'a emprise sur lui aujourd'hui.
Deux notes sur le piano, il le referme. Maman lui rappelle qu'il doit aller
à la recette des impôts régler la facture d'eau, mais il est atteint de procrastination, il n'en a cure. Il est ainsi, je le connais, en ce jour, il est rempli de laisser-aller. ça tombe
bien, moi aussi.
Je pense savoir pourquoi cette attitude; il a passé une bonne partie de la
nuit avec moi sur ordinateur. Nous sommes allés lire de jolies histoires et de charmants commentaires sur notre site. Il m'a expliqué que j'allais devenir une star du " NET ". Alors ce
matin, pour le faire rire, je traverse le salon démarche mannequin, une patte sur les hanches et l'autre redressant quelque cil récalcitrant. Il me dit que je marche comme Erroll Garner joue
du piano.
- viens Pivoine, allons faire une promenade dans le jardin. Et il me
cueille délicatement de sa main droite pour me déposer sur le dos contre lui dans ses bras. Ron ron ron instantané, sa main caresse mon ventre tout blanc.
Il fait très beau dehors, le soleil est de rigueur et nous réchauffe le corps. Il
fait si frais dans la maison aux murs de pierre. Papa marche lentement et nous promène d'arbre en arbre, de fleur en fleur, moi je le laisse conduire, gratouille sous mon petit cou, ma tête tendue
en arrière dans le pli de son coude, quoique gardant un oeil ouvert sur le cerisier où les merles se régalent.
je n'ai pas mon permis; et puis n 'est ce pas l'homme qui doit conduire
sur cette musique de Strauss qui valse dans ma tête depuis ce matin
?
StA le 30 juin 2008.