Les chats, encore les chats et toujours les chats. Une jolie chatte écaille de tortue: "Pivoine" (c'est la fleur préférée de papa). Une grisounette: "pichenette", maman de "pirate" gris et blanc, le flibustier du jardin. D'origine gouttière: "question" parcequ'elle a la queue en point d'interrogation. Une maison de pierre, un jardin, une famille remplie d'amour. Un papa qui murmure à leurs petites oreilles, et retrace leurs aventures...et le reste...
Il n'est que 8 heures 30, et déjà le soleil réchauffe mon bidon. Je suis calée
entre deux bûches de bois, devant la porte-fenêtre du salon; Il ne va pas tarder à sortir, et moi je fredonne dans ma tête:
" Qué calor senor, senor qué calor ". Attention le voilà !
Il sort un peu plus tôt que d'ordinaire parce que la soeur de maman est en
vacances quelques jours chez nous. Galanterie oblige, il leur laisse la salle de bain. C'est une sorcière qui lit dans les cartes. Quand elle me regarde, j'ai des frissons
partout. N'empêche, tout ce qu'elle a dit à mon petit frère est arrivé.
Je sais bien qu'elle adore les chats, mais lorsqu'elle me fixe de ses
grands yeux noisettes, je perds la notion de réalité. Je ne sais plus où j'en suis, c'est plus fort que moi, et je dois faire un effort surfélin pour briser le charme et détourner la tête.
C'est un peu comme si elle lisait en moi comme dans ses cartes; j'ai
l'impression qu'elle pénètre mon petit jardin secret, et qu'elle sait tout de mon aventure avec Nicolaï, un chauffeur poids lourd birman qui séjourne de temps à autre chez
Zezette, ou de cette courte idylle avec Aristote le chartreux...mais... nous étions trop jeunes...
Colette évoquait la grâce de ce chat bleu, avec son " pelage de chatte
des chartreux mauve et bleu comme la gorge des ramiers " qu'elle appelait " son pigeon bleu, son démon couleur de perle ". Je ne l'oublierai jamais...
Mais le voilà qui sort. Vite, je saute sur la terrasse, miaulements 15 bis, je
me roule sur le dos dans un rayon de soleil. Mon ventre blanc bien léché attire son regard, Il pose sa malette et se penche sur moi.
Je sens sa main sur mon ventre tout chaud. Alors c'est la locomotive qui
démarre: et ron, et ron, et ron ron petit patapon, je ronronne entre deux miaulements étouffés et me laisse aller aux caresses de papa perdant toute ma dignité de félin. Peu importe, il n'y
a pas de témoin, et je m'abaisse même à lécher sa menotte.
Je l'aime tellement mon papa...!
StA le 10/07/08.