Quand cette grosse boule de poils noirs est
arrivée, ou devrais-je écrire a choisi de
s'arrêter en notre foyer, un grand souffle d'amour a réchauffé nos coeurs meurtris.
Nous la croisions dans notre jardin et autour de
la maison. Elle se comportait exactement comme Pirate: se jetant vers la main, prête à l'échange, frottant sa tête, ses joues encore plus fort au fil des caresses, sans parler de son
étonnant ronronnement à la Marlène Diétrich qui nous faisait échanger des regards amusés et déja conquis.
La décision fut vite prise: Notre voisine,
qui elle aussi apprécie les matous, nous avait dit être allée chez notre vétérinaire et que la grosse boule noire angora n'avait ni puce ni tatouage alors...On la garde. La porte
lui fut ouverte...
Bonheur complet, câlins remplis de reconnaissance et
d'amour, exploration des lieux, premiers contacts avec Pichenette la grise et Question la gouttière en intérieur.
A notre grand étonnement , nous l'avons surprise cavalant après Question et Pichenette à travers la maison, mais, sans avoir l'air de jouer, imposant plutôt sa
présence. Celle que nous avions finalement appelée "chaussette " était une chatte dominante.
Rapidement le climat s'est détérioré entre nos félins. Pichenette était
franchement terrorisée et ne quittait plus le premier étage lovée dans un panier d'osier, ne sortant plus du tout. Question se perchait le plus haut qu'elle pouvait et observait la nouvelle
sans peur ni agressivité, mais... Cela ne pouvant aller qu'en s'aggravant, nous avons décidé la mort dans l'âme que chaussette serait notre fille de l'extérieur
et les autres nos filles de l'intérieur. Le calme revint au foyer, la tolérance brillait à l'extérieur, tout allait bien.
Seulement, au bout de quelques jours, à
force d'entendre Chaussette miauler à la fenêtre de la cuisine, nous avons craqué et lui avons donné une seconde chance.
Première soirée sans heurts. Le soir, canapé télé avec
Chaussette couchée entre nous. Ma femme dont la main explore toujours nos amours à la recherche de quelque vieux tic enfoui me dit:
- Elle est remplie de grosses bouloches de
poils, elle ne doit pas être bien, il faut lui retirer.
- Je vais chercher la paire de petits
ciseaux.
Et je me suis attaqué à une grosse boule de poils
serrés le long de son cou.
- Mon Dieu elle saigne arrête !
- J' ai pourtant fait très attention.
- J'ai vu mais regarde...
Chaussette était blessée le long du cou. Nous
avons appelé le vétérinaire et pris rendez-vous pour le lendemain matin à la première heure.
- Bonjour docteur, regardez, je l'ai blessée d'un
coup de ciseaux malheureux.
- En effet, il faut lui faire quelques
points. Mais dîtes moi, retournant une oreille, elle porte un tatouage !
- Ah bon ??? pourtant notre
voisine...
- Mais jamais votre voisine n'est venue avec ce
chat !
La surprise passée, je me demande pourquoi notre
voisine nous a dit cela...Peut-être pour que nous la prenions?
- Bon docteur, après tout, c'est une très bonne
nouvelle car nous allons pouvoir retrouver ses propriétaires ! Elle va retrouver son foyer.
- Ne dîtes pas " elle " car c'est un chat
d'environ trois ans et il a été opéré. Je vais prendre contact avec les propriétaire et vous tiens au courant.
J'ai alors compris la fuite de Question et
Pichenette face aux avances pressantes de ce beau mâle.
- Dîtes moi docteur, il va sans dire que c'est
moi qui l'ai blessée et je tiens donc à régler les soins. Dîtes le bien a ses parents !
- Entendu, nous verrons...
Et nous sommes rentrés chez nous un peu triste
mais joyeux à l'idée que monsieur Chaussette ( drôle de nom pour un matou ) allait retrouver son foyer.
Dans l'après-midi, le vétérinaire nous a appelé
et confirmé que " Madagascar ",
c'est son nom, allait retrouver ses propriétaire dès ce soir. La dame était heureuse de la retrouver, elle avait disparu depuis le 4 novembre 2010
et elle ne croyait plus en son retour.
Nous étions jeudi, et le lendemain ses petits enfants arrivaient et allaient être tellement heureux...
D'autant plus qu'entre temps, leur second félin
s'était fait écraser.
Notre vétérinaire lui a dit que je désirais
régler les soins, mais la personne lui a répondu que ce coup de ciseaux malheureux n'en était pas un puisque c'est grâce à lui qu'elle retrouvait son gros matou. Et elle a tenu à
régler.
Le soir même, j'ai emmené mon épouse dans un petit
resto sympa pour lui changer les idées. Nous en étions presque au dessert quand mon téléphone a vibré. C'était la propriétaire de Madagascar qui ne savait comment me remercier. Nous avons
longuement parlé de Madagascar, de Pirate, des félins en général. Lorsqu'on les aime comme nous, on se reconnaît.
Elle habite à une dizaine de kilomètres de chez nous,
nous irons prendre des nouvelles de Madagascar.
Cette aventure nous a fait beaucoup de bien. Le moral
est revenu dans la maison ! Pirate reviendra peut-être lui aussi ! Ca fait déjà quatre mois mais qui sait ?
StA le 13 mars 2011